De Rio à Marrakech, histoire de l’action climatique


Rédigé Par | La tribune - Kech24-FR | le Jeudi 16 Juin 2016 à 13:00



Le climat a toujours revêtu une importance capitale pour l’homme, et il a toujours été surveillé de près, souvent dans l’espoir de pouvoir le prévoir. Par contre, ce n’est qu’après que des glaciologues ont pu mesurer l’évolution des températures à travers les âges, et ont remarqué un réchauffement constant depuis le début de l’ère industrielle, que l’on a commencé à prendre conscience de l’impact de l’activité humaine sur le climat de la planète. Et si la communauté scientifique a, dans sa majorité, rapidement tiré la sonnette d’alarme et appelé à prendre des mesures limitant ce réchauffement, le combat pour un accord sur le climat n’a pas été de tout repos. Pays développés faisant la sourde oreille, pays du sud souhaitant rattraper leur retard industriel sans entraves, lobbysme constant des grandes multinationales de l’énergie… autant d’obstacles à surmonter. A l’approche de la COP 22 qui se tiendra à Marrakech, revenons sur l’histoire de la lutte contre le changement climatique.
Comprendre d’abord, agir après
 
Afin de mieux appréhender ce phénomène, dont les conséquences peuvent être très lourdes pour l’espèce humaine, mais également pour disposer de preuves face aux adversaires de l’action climatique, deux institutions onusiennes, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), créent en 1988 le Giec, Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. Son rôle est de tenir une synthèse des connaissances mondiales sur le climat, et d’émettre des rapports servant de base scientifique de référence. Les cinq rapports du Giec ont ainsi confirmé l’impact de l’activité humaine sur le changement climatique.
Fortes de ces conclusions, les Nations-Unies rassemblent la communauté internationale à Rio en 1992, pour informer et tenter de trouver des solutions. A cette occasion, trois conventions sont créées : la Convention sur la biodiversité biologique (CDB) ; la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD) et la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Cette dernière convention a pour objectif de parvenir à limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ; elle sera ratifiée par 196 pays. Mais à ce moment l’action contre le changement climatique se limite à des mots, et il est nécessaire d’établir un véritable plan d’actions concrètes. C’est pour cela qu’en 1994 est créée la COP (Conference of Parties), organe de décision suprême du CCNUCC, dont la première édition se tient à Berlin en 1995.

De l’espoir de Kyoto à l’échec de Copenhague
En 1997, à Kyoto, les négociations se concentrent sur ceux qui sont jugés principaux coupables du réchauffement planétaire, les gaz à effet de serre. Il est ainsi demandé aux pays de réduire leurs émissions, et un système de quotas est mis en place pour leur permettre d’ajuster celles-ci entre eux. Mais plutôt que de trouver une solution globale dans l’immédiat, il est décidé de simplement ouvrir la voie avec certains pays, qui doivent montrer l’exemple parce qu’ils en ont les capacités, et qu’ils sont jugés « historiquement responsables » au niveau des émissions. L’idée est d’étendre progressivement le modèle au reste de la planète. Il faut noter qu’à ce moment-là, les Etats-Unis sont les premiers pollueurs de la planète, et qu’ils refusent d’adopter le protocole…
12 ans plus tard, l’urgence est toute autre. La COP de Copenhague doit permettre de trouver un accord global sur le climat, et elle est qualifiée de toute part de « réunion de la dernière chance ». Pourtant, c’est un échec retentissant, et aucun accord n’est trouvé à son issue. Au-delà des raisons évoquées concernant l’organisation, ou le repli vers des notions de souveraineté de la part de nombreux pays, la principale conclusion de cette COP est qu’un modèle se limitant à des quotas et des transactions financières n’est pas applicable à l’ensemble de la planète, et qu’il faut trouver un véritable modèle de transition économique pour accompagner l’action climatique.
 
L’accord de Paris, vraiment un succès ?
En 2015, tous les regards de la planète sont tournés vers Paris, d’où on attend un véritable accord concernant l’ensemble du globe. Après d’âpres négociations, l’accord de Paris sera adopté par 195 pays. Ses principales clauses sont :
  • Limiter le réchauffement planétaire « bien en-dessous de 2°C »
  • Atteindre 0% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2100
  • Augmenter le plancher du fonds vert destiné à l’accompagnement des pays en voie de développement à 100 milliards de dollars annuels.
Si la presse du monde entier a chanté victoire suite à cet accord, et qu’il représente en effet un immense succès diplomatique, il reste de l’avis de beaucoup largement insuffisant, et ne représente que le premier jalon vers de véritables actions. Première limite, les seuls points contraignants de l’accord concernent l’établissement de rapports sur les émissions et le fonds vert. Les objectifs ne le sont pas, les Etats-Unis ayant prévenu que le congrès républicain rejetterait l’accord dans le cas contraire. Ce sont les Etats eux-mêmes qui décideront des sanctions en cas de non-respect des dispositions de l’accord. De plus, si la signature de cet accord a débuté en avril à New-York, il faut qu’il soit ratifié par au moins 55 Etats représentant 55% des émissions afin de pouvoir entrer en vigueur d’ici 2020. Enfin, les propositions des Etats ne permettent en aucune façon pour le moment d’approcher 1,5°c de hausse des températures, et nous sommes pour le moment sur une trajectoire plus proche des +3°c fatidiques qui amèneraient des changements irréversibles.

Prochaine étape, Marrakech
En 2016 à Marrakech, le but sera de préciser les modalités de mise en œuvre de l’accord, de revenir sur les désaccords restants depuis Paris (financements, pertes et dommages, énergies fossiles). La COP22 devra donc commencer à trouver et mettre en place les mécanismes opérationnels nécessaires à l’atteinte des objectifs de Paris. De plus, la conférence de Marrakech permettra de traduire en textes juridiques toutes les règles nécessaires à la ratification et à la mise en oeuvre effective du « protocole de Bonn ».
Comme se plaisent à le répéter les officiels marocains depuis le début de l’année, la COP22 sera donc celle de « l’action ». Si Paris a été un succès diplomatique, Marrakech devra véritablement mettre sur les rails de véritables actions concrètes permettant de contenir le réchauffement planétaire.
D’ici 2018, le Giec émettra un nouveau rapport étudiant l’impact d’un réchauffement limité à +1,5°c. Et d’ici 2023, les Etats devront proposer de nouvelles contributions à l’effort de réduction. La lutte contre le changement climatique sera encore bien longue…



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